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4ème partie - pour aller plus loin

 

Ce qui compte le plus pour nous dans les Pays de la Loire : air du temps et spécificités régionales1

Les Pays de la Loire, un territoire pour reconquérir l'esprit solidaire ?

 

Le grand enseignement de l'analyse des débats réside dans le fait que la question humaine, et plus spécifiquement l'importance du lien social (solidarité, humanité, respect, entraide) ressort comme l'élément clef de "ce qui compte le plus", ce que nous avons perdu, ce qu'il faut transmettre.

Nous semblons trouver là le constat de l'individualisation de la société ("on a perdu"), mais une véritable conscience du fait que les clefs de sortie de crise reposent (fortement) sur la cohésion (notamment intergénérationnelle). Ainsi la question des relations inter-sociales, intergénérationnelles et intra-générationnelles, interculturelles, … est revenu de façon récurrente comme un élément qu'il faut remettre au centre du projet de société (dans l'absolu, et en particulier dans les Pays de la Loire) et dont il est urgent de prendre soin.

 

Il ressort des débats à ce stade l'idée que les Ligériens ayant contribué aux débats souhaitent pouvoir miser non seulement sur le "vivre ensemble", mais aussi sur le "faire ensemble", y compris en intergénérationnel.

S'agit-il d'une volonté largement partagé ou d'une approche plus spécifique des personnes ayant contribué à ces groupes de discussions? Toujours est-il que cette posture peut servir de levier pour avancer dans le sens du développement durable.

Cette dimension est particulièrement intéressante à intégrer dans l'action publique, parce qu'elle interroge les politiques et activités, … proposées ou soutenues sur le fait de savoir si elles favorisent :

→ Le "collectif" ? (des situations où l'on côtoie les autres de fait, sans se rencontrer vraiment. Ex. les transports publics)

→ le "mutualisé" ? (des situations dans lesquelles on partage des lieux ou des moyens, sans obligation de les utiliser au même moment Ex. les cycloos, une laverie de quartier, …2)

→ Le "partagé" ? (qui implique des situations de liens directs, de discussions, voire de négociations. Ex. co-voiturage, logement partagé entre jeunes et séniors, site de télétravail collectif par exemple près des gares et dans le centre des petits bourgs,…)

 

Des questionnements à intégrer pour relire les politiques publiques

→ Le schéma "jeunesse" intègre-t-il l'organisation d'un débat intergénérationnel? Quelles sont les orientations et actions qui permettent la solidarité entre jeunes et adultes (non seulement dans l'esprit, mais dans l'opérationnel?, …)?

→ Quelle prise en compte de ces dimensions de cohésion sociale dans les démarches de lycées éco-citoyens (ex. mobilisation des lycéens sur des projets d'engagement sociétaux?)?

→ Les politiques "culture", "sports", "transports", "logement des stagiaires et des étudiants", "emploi", … peuvent-elles privilégier les démarches favorisant des situations "partagées" (ou leur donner un appui particulier)?

→ Si l'innovation semble instinctivement associée à la question industrielle dans les débats, l'appel à l'inventivité sociale ressort largement des débats. Quid du soutien à la recherche-action sociale/sociétale3?

→ Question culturelle et perte du sentiment d'appartenance : et si la clef était dans une valorisation de la diversité des histoires, des cultures (y compris de ceux qui arrivent, puisque l'aspect de l'accueil d'étrangers a été globalement cité comme une richesse) comme force commune? Cf. Mulhouse : "nos différences sont une chance!". A traduire dans l'ensemble des politiques publiques (ex. place de la culture dans le rapport à la nature, éducation et diversité, emploi et diversité, …) pour prolonger et intensifier les orientations actuelles dans ce sens.

→ …

 

Autre dimension significative, intimement liée, celle de la qualité de la vie associée au rythme de vie, au temps retrouvé pour la convivialité et à la proximité ("localisation", "décentralisation", …). Autant d'aspects riches en interrogation en termes d'organisation sociétale et d'aménagement du territoire.

"Ainsi dans ce qui compte le plus, le bien-être est directement associé au rythme de vie (les deux richesses sont connexes), puis à la santé, au revenu-salaire-pouvoir d’achat, au logement-habitat-cadre de vie, à l’alimentation et au transport4".

Le rapport au temps, qui monte en force depuis quelques années dans notre pays5, prend en effet ici une ampleur particulière (pour toutes les générations, et aussi bien au niveau urbain que rural). C'est le sujet du stress et de la pression mise autant sur les adultes que les plus jeunes, de même que l'usage du temps libre qui est posé :

 

Un appel à un "temps retrouvé" (sortir de la dictature de l'urgence, du sentiment de stress, …) relevé par toutes les générations ayant contribué aux débats, et dans toutes les organisations mobilisées. Ce besoin de "réapprendre à prendre le temps de prendre le thé" semble reposer sur le constat que la société s'est progressivement organisée sur une "sur-occupation du temps" (y compris pour les plus jeunes, majoritairement inscrits dans des agendas très denses). Un impact non souhaité des 35 heures a été évoqué à plusieurs reprises dans ce cadre, à savoir : la saturation du temps de travail quand la mesure n'a pas été accompagnée de nouvelles embauches ou de réorganisation et qu'il faut réaliser les mêmes tâches qu'auparavant. Une situation génératrice de stress, non seulement au sein des organisations employeurs6, mais perturbant également en prolongement la vie privée

 

La question du logement est souvent associée au thème de la perte d'un bon rapport au temps et aux autres, interrogeant d'une part sur la montée en force d'une dissociation entre lieu de résidence/lieu de travail et d'autre part sur les pistes à définir pour retrouver les véritables espaces de rencontres sociales.

Une remarque intéressante sur le fait que si l'offre de loisirs s'est largement diversifiée, elle se structure largement autour de loisirs individuels (où l'on côtoie les autres, mais où on ne partage pas vraiment)

Ainsi, si le concept des "villes en transition" ou "villes lentes" est plutôt fondé sur l'idée d'un nouveau rapport à la nature pour traiter du rapport au temps, c'est ici une justification humaine, véritable enjeu de santé publique qui prend le pas.

 

En termes de politiques publiques, plusieurs champs à prendre en compte. Quelques exemples:

→ Les politiques d'aménagement du territoire doivent-elles favoriser la facilitation/démultiplication des déplacements via les transports collectifs et/ou trouver un équilibre avec le renforcement des solutions de proximité?

- question du bon seuil entre densification des villes et vision multipolaire du développement. Les contrats territoriaux peuvent-ils intégrer en tant que telle la problématique de la proximité entre résidence et lieu de travail7? Les « pôles de compétences» ne doivent-ils pas être plutôt raisonnés dans une logique « réseaux » plutôt que dans une approche « unicité géographique » ?

- développement des logiques de mutualisation/partage entre des TPE/PME et des associations pour maintenir et développer les emplois en proximité du domicile (groupements d'employeurs plurisectoriels, lieu de télétravail partagé, …)

"Les mots travail et libre sont les deux mots les plus fréquemment associés au mot temps, ce sont les deux principales polarités du temps. Le transport arrive juste après, puis la famille (et les enfants), et enfin un ensemble de mots autour du lien social : social, relation, lien, humain.

Ce que l’on peut souligner ici, c’est l’importance donnée au temps de transport, avant le temps passé en famille ou avec les « autres ».

Inversement, les mots les plus fréquemment associés au mot transport sont, par ordre décroissant, les [moyens de] communication et le déplacement, deux mots synonymes de transports, puis le temps, suivi de moyens spécifiques (TGV, tram)… Ici encore, et même plus fortement, transport renvoie à temps."8

→ Faire de la question du « bien-être au travail » un volet prioritaire des politiques en faveur des organisations employeuses9, de l’emploi (à commencer par la Région elle-même)

→ Intégrer dans les politiques relatives aux Techniques de Communication et d’Information, la question du rapport au stress : jusqu'où ces techniques sont un plus sociétal, à quel moment deviennent-elles génératrices de déséquilibres en termes de santé10, …?

→ Intégrer dans chaque projet l'interrogation sur la part du rapport au temps des individus et des groupes (qu'est-ce que le projet signifie en termes de "temps du quotidien", et dans la prise en compte des "temps de la vie?)

→ organiser des "Assises du temps retrouvé", associant les différentes parties prenantes du territoire ( organisation des activités économiques et de formation, veille santé, solidarité, …)

→ …

 

 

Le thème de l'environnement apparaît porteur d'une ambivalence. Ce qui ressort, c'est la perte du rapport à la nature au quotidien et de la ruralité, en même temps qu'une augmentation de la conscience de l'importance de la protection de la nature.

C'est une façon de reconnaître les actions entreprises côté gestion des services environnementaux et du patrimoine, mais de marquer le chemin à (re)parcourir sur la question de "l'harmonie entre les humains et la nature".

Verbatim

Ce que nous avons perdu

La diversité de la faune : on voit moins d’oiseaux (hirondelles, moineaux domestiques, les abeilles, les civelles….), les nouvelles espèces (colonisation par les Ibis, les frelons asiatiques,...)

Ce que nous avons préservé

Le patrimoine, la Loire

Ce qui serait le plus grave de perdre

Un environnement de bonne qualité: eau, terre, air, biodiversité

Ce que nous avons gagné

Une meilleure gestion des déchets : tri sélectif Une prise de conscience environnementale : tri des déchets, respect de la nature. Le confort avec l’eau et l’électricité à domicile

 

En termes de politiques publiques, plusieurs voies à explorer:

→ Education à l'environnement et culture : après le tri des déchets et la baisse de consommation en eau, quelle prise en compte du rapport sensoriel à la nature, qui permet de passer des pratiques contraintes à des comportements plus instinctifs (ex. Réappropriation des réalités et de l'impact des saisons11,…)

→ Santé, territoire et consommation : passer d'une logique de production agricole (au service de l'aménagement du territoire) à un projet de politique alimentaire territoriale (de qualité), porteur d'équilibre pour la nature et pour le collectif (santé) et dans lequel chacun fait sa part (ex. décideurs publiques, producteurs, transformateurs, consommateurs)

→ Ne faudrait-il pas prioriser l’éducation à la santé (principe de précaution et de prévention santé) par rapport au seul accès aux soins ?

La qualité de l’alimentation

"… La qualité de l’alimentation est très corrélée avec le patrimoine (gastronomie, traditions culinaires, etc.). C’est d’ailleurs le patrimoine qui fait le lien entre identité et alimentation d’un côté, industrie, économie et formation de l’autre. Les circuits courts sont aussi cités, dans la richesse « commerces, consommation".

 

→ L'économie verte : aux côtés des activités technologiques, quelle place pour les activités artisanales, éducatives et rurales liées non seulement à la gestion et à la protection de la nature, mais aussi à la réappropriation d'une relation équilibrée à la nature12?

 

 

La richesse globale des réponses mériterait certes de plus longues analyses. Par exemple

  • le travail et l’emploi, leur relation avec les métiers et savoir-faire d’une part, le revenu et le temps d’autre part,

  • l’identité et l’histoire qui apparaissent à la fois comme perdues, préservées, ce qui compte le plus, et qu’il faudrait peut-être conjuguer au pluriel : les identités locales, les histoires locales,

  • les services publics qui n’apparaissent de façon significative que dans les réponses à la question ce que nous avons perdu.

 

Parmi les richesses à transmettre, les notions de "valeurs", de partage, "l'envie d'avoir confiance", … ; et parallèlement une réelle inquiétude sur ce qui sera légué côté travail et répartition des richesses.

La quête de sens et l'envie que les jeunes restent optimismes sont ainsi apparues comme primordiales, particulièrement dans la période de crises actuelle.

Derrière l'exigence de "valeurs", au moins deux pistes possibles à étudier :

→ La mise en place d'un écrit territorial de référence (le "Pacte" des Pays de la Loire)

- de type "Carte des valeurs des Pays de la Loire", s'ils s'appuient sur les contributions des débats, permettant ainsi de mettre en lumière plus de dimensions de richesses que celles qui seront retenues pour produire les indicateurs

- de type "Charte des valeurs des Pays de la Loire", si l'idée est de prolonger les productions "richesses" par d'autres sortes de débats et de lancer l'idée d'une rédaction collective d'un texte fondateur (mobilisant par exemple tous les lycées, CFA, …)

→ La prise en compte dans l'analyse des politiques publiques et dans l'élaboration des décisions de la différence entre :

- Biens communs (sans lesquels il n'y a pas de vie humaine et pas de société : la, l'eau, la biodiversité, la terre13, l'air, la diversité culturelle et l'éducation), qui nous appartiennent à tous et dont nous sommes collectivement garants

- Biens publics (ce qui est à partager pour une harmonie au quotidien : les transports publics, l'espace et les lieux publics, l'énergie, la formation professionnelle, …)

Cette différenciation permet d'intégrer la spécificité de la gouvernance à mettre en œuvre dans les différents domaines, et de poser la question du rapport à l'économie.

Ex. Est-il légitime de confier à quelques-uns la gestion de ce qui relève d'un bien commun (ou que quelques-uns se l'accaparent, fassent des plus-values financières14?) ? Quelle nouvelle gouvernance pour l'organisation et la gestion des biens publics de type "énergie"?

 

Enfin, les échanges réalisés le 16 septembre 2011, cette fois de façon croisée entre les différents types d’acteurs15 ont confirmé les principales richesses évoquées dans les débats en région. Une grande différence apparente : l’importance donnée à l’éducation. Il ressort en fait qu’il n’existe pas vraiment de contradiction, la question éducative ayant été abordée précédemment de façon récurrente, pas comme une richesse en soi mais comme un élément structurant de la société à travers la transmission de valeurs et de savoir-faire, l’apprentissage du rapport à la nature, à la santé, à l’engagement, …

 

Ces quelques éléments tentent d’ouvrir des pistes pour passer de la liste des richesses issues des débats à l’action régionale de l’institution et des acteurs eux-mêmes. Il reste aujourd’hui à ce que chacun(e) se saisissent à son niveau des enseignements issus des verbatim pour en trouver sa propre déclinaison opérationnelle et prendre sa part dans l’évolution de notre territoire dans le sens de plus de solidarité et de responsabilité…

La formalisation des indicateurs de richesses n’est donc qu’un des volets de la tâche qui nous attend collectivement.

 

Et côté indicateurs?

Les retours des débats "richesses en Pays de la Loire" confirment, par les interpellations en termes de vision, d'organisation, … que nous devons aborder le nouveau rapport au développement en ayant conscience qu'il dépend de :

→ Nos représentations (des uns sur les autres et de notre rapport au monde)

→ Nos valeurs

→ Nos activités et notre organisation collective

→ Nos outils de pilotage

→ Nos pratiques (ex. les gestes du quotidien)

→ Nos comportements (plus instinctifs).

 

A partir des trois dimensions citées prioritairement par les Ligériens s'étant associés aux débat (lien social/solidarité/cohésion ; qualité/rythme de vie ; rapport à la nature), quelques axes apparaissent pour interpeller ces différents volets.

Pour ce qui relève des indicateurs, elles peuvent permettre de travailler à la mise en place de repères fédérateurs, lisibles à l'extérieur, capables de donner du souffle16.

 

 

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1 Cette troisième partie a été rédigée par l’Observatoire de la décision publique

2" L'auto-partage" qui relève de cette dimension porte donc un nom en décalage avec la réalité

3 Si la Région intègre déjà cette dimension dans ses orientations, les acteurs du social semblent le savoir peu.

4 Chapitre 2, analyse des débats

5 En tout cas dans les régions très urbaines. Cette question du rapport au temps n'est pas La préoccupation du rapport au temps n'est pas partagée par tous les pays industrialisés (ex. Québec où la question du stress a été très largement anticipée)

6 Entreprises, collectivités ou associations

7 Ce qui peut conduire à dissocier lieu de travail et lieu de l’emploi (au sens rattachement administratif)

8 Chapitre 2, analyse des débats

9 Entreprises publiques et privées, associations, …

10 Si l'aspect "addiction" est généralement associé aux TIC, leur part dans la mise sous pression des individus et des groupes est encore peu souvent abordé

11 Nourriture, rapport à la nuit et au jour, apprendre à passer d'une vision consumériste à une approche sociétale de la météo, …

12 Ex. développement de l'activité "navale" à la Possonnière (49)

13 D'où question sur le foncier, sur la préservation des sols y compris dits "privés"

14 Si des entreprises lucratives interviennent dans la gestion de ces biens, la NON LUCRATIVITE ne doit-elle pas être intégrer aux règles du jeu (tous les bénéfices doivent alors être reversés à la collectivité – au sens communauté)?

15 Les débats en région ayant généralement été réalisés dans des groupes de proximité (professionnelle, amicale, géographique, …)

16 Cf. transmettre l'optimisme, susciter l'engagement, … qui supposent que l'on ne s'arrête pas à des indicateurs significatifs du mal-être