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3ème partie - préparer des indicateurs

 

Le rapport de ces richesses aux indicateurs pose de nombreuses questions :

- Ces richesses sont-elles déjà en partie mesurées ? Sont-elles toutes mesurables ?

- Y-a-t’il des effets indésirables possibles d’une mesure ?

- La mesure favorisera-t’elle la prise de conscience ?

 

Etat des lieux

L’environnement est l’objet de multiples mesures et d’indicateurs disponibles1 et en cours de développement, sur la qualité de l’air, de l’eau, l’occupation de l’espace, plus difficilement sur la biodiversité.

La qualité de la santé est fort bien renseignée2, aussi bien sur l’état de santé de la population que sur les moyens hospitaliers, infirmiers…

L’emploi fait l’objet de multiples mesures et études3, qui sont néanmoins parfois en retard sur l’évolution sociale. La multiplication des formes précaires d’emploi rend de plus en plus difficile l’interprétation des données (temps partiels, intérim, multi employeurs…).

L’usage et la gestion du temps font l’objet d’enquêtes nationales4 et européennes5 périodiques, représentatives au niveau national. Des projets de développement sont en préparation sur ce thème.

La proximité entre lieu d’habitation, lieux de travail et de consommation est bien connue (enquêtes Insee6), et l’on suit, recensement après recensement, l’éclatement entre ces trois types de lieux. La distance domicile travail augmente régulièrement.

La vie associative7 et le bénévolat8 sont un peu moins documentés. Il y a en France une enquête annuelle sur les associations employeurs. Mais les multiples associations créées pour remplir des missions de service public indiquent-elles une réelle vitalité du tissu social, ou une externalisation des services publics ? Il y a aussi des enquêtes plus ponctuelles sur le bénévolat, soit au niveau national (non représentatives au niveau régional), soit localement en fonction de la mobilisation des organisations associatives.

Concernant le lien social, les travaux de Robert Putnam9 sur le capital social ont montré toute la complexité du sujet. Cette notion ne peut être approchée que par le rassemblement de différentes dimensions (la lecture du journal, le nombre de fois où l’on rencontre des amis, la participation à un club de sport…) qui montrent bien que cette notion dépend très fortement de la représentation que l’on se fait du lien social, qui ne peut pas être appréhendé de la même façon dans une ville et un village, pour des jeunes ou des moins jeunes etc.

Les liens intergénérationnels sont de même nature que le lien social.

Les indicateurs synthétiques les plus connus semblent assez éloignés des thèmes abordés au cours de ces débats. Sans parler du PIB (l’augmentation continue de la production n’est pas citée), des agrégats comme l’indicateur de développement humain, l’empreinte écologique ou le bilan carbone font appel à des notions peu présentes (longévité10, émissions de gaz à effet de serre, surfaces utilisées pour notre consommation…). Seul l’indicateur de santé sociale11, qui recense des indices d’inégalité sur le travail, le revenu, l’éducation, la santé, le logement… pourrait être relié, de manière plus directe, à ces débats. Mais, pour reprendre les termes des questions qui ont servi de base à nos débats, il est construit majoritairement sur la mesure de ce que nous avons perdu (les indicateurs portent sur la pauvreté, la précarité, le chômage, les crimes et délits, les maladies professionnelles…), ce à quoi nous tenons le plus apparaissant de manière moins importante (adhésion à une association, taux d’accès au baccalauréat par exemple).

Sans présupposer des évolutions à venir, on peut considérer que les indices12 alternatifs au PIB ne suffiront pas13.

 

Questions de méthode

Les indicateurs ont fait l’objet de nombreuses questions lors de la journée du 16 septembre, nous les reprenons ci-après.

Vouloir tout compter, et se comparer avec des indicateurs, n’est-il pas motivé par la généralisation de la concurrence, entre les entreprises, les territoires, les personnes ?

L’objectif de création ou d’adaptation de nouveaux indicateurs n’est pas de se comparer, mais de s’orienter. La place du thème de solidarité, et l’absence du mot concurrence, montrent bien que la concurrence n’est pas perçue ici une richesse en soi.

Les indicateurs sont ambivalents. Par exemple le covoiturage peut être motivé par une volonté d’économiser l’énergie, ou par une nécessité financière, ou l’envie de rencontrer des gens…

La publication d’indicateurs devra être accompagnée d’analyses. Les chiffres seuls ne sont effectivement pas suffisants.

Peut-on tout mesurer ?

Tout ne peut pas être quantifié, mais attention : ce que l’on ne compte pas peut être dégradé sans que ce soit vu. Par exemple les ressources de la biodiversité. Il faut aussi distinguer la mesure et la valorisation monétaire. Il peut être important de mesurer le temps passé aux tâches domestiques par exemple, mais il n’est pas nécessaire de transformer cette mesure en value monétaire. De même pour les biens naturels.

Définir un indicateur peut cacher des réalités très différentes çà l’intérieur, par exemple un taux d’emploi peut masquer des temps partiels, un revenu moyen des inégalités etc.

Oui, chaque indicateur devra être analysé, et éclairé par l’examen de l’étendue de ses valeurs et par la répartition de ces valeurs (dispersion).

 

Le travail à réaliser à ce stade est le suivant :

- Validation du choix des thèmes de richesses,

- Analyse des indicateurs existants pour savoir s'ils font référence à ces richesses,

- Puis trois options :

→ Prise en compte d'un indicateur existant dès lors qu'il est satisfaisant (il parle de la richesse, il est lisible par le plus grand nombre),

→ Modification des indicateurs s’il est possible de les ajuster pour qu'ils soient plus pertinents au regard des objectifs de notre démarche,

→ Création de nouveaux indicateurs.

 

Faire des choix

La mise en œuvre des modes de calculs décrits ci-dessus seront fonction des choix « stratégiques » de construction de ces indicateurs. De manière encore schématique, trois options sont possibles, non exclusives :

  • définition de 2 à 3 richesses, et d’indicateurs correspondants. Ceci permet une grande visibilité, de communiquer assez facilement mais réduit évidemment le contenu,

  • définition d’une dizaine de richesses, et pour chacun d’elles d’un indicateur central, éventuellement complété par sa déclinaison par territoires ou selon ses dimensions (exemple en fonction selon les niveaux, l’emploi selon les catégories…).

  • Création d’un tableau de bord recouvrant un plus grand nombre de richesses, mais avec un seul indicateur par richesse. Il ne s’agit là plus d’un outil de communication ou sensibilisation, mais d’un outil de suivi, utilisable dans des groupes de travail.

 

En suspens

1) Ne retenir qu'un type d'indicateur pour chaque richesse

OU

Définir des thèmes de richesses au niveau régional et un indicateur pour chacun, puis les décliner éventuellement sous différents indicateurs en fonction de l'échelle ou de la dimension interrogée14

Ex. Le "temps retrouvé" pourra peut-être donner lieu à la création d'un indicateur régional, chaque organisation ou territoire infra pouvant se doter de son propre repère, dès lors qu'il vient bien "nourrir" l'action dans le sens de la richesse retenue

 

2) S'en tenir à quelques indicateurs concernant les richesses prioritaires

ET/OU

Réaliser parallèlement un tableau de bord de suivi de l'ensemble des richesses citées

 

 

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1 http://www.stats.environnement.developpement-durable.gouv.fr/

2 http://www.sante-pays-de-la-loire.com/

3 Insee, Pôle emploi, Direccte, Carif-Oref…

4 Insee, Enquêtes emploi du temps 1986 et 1999.

5 Eurostat, Comment les femmes et les hommes utilisent leur temps, Résultats de 13 pays européens, Statistiques en bref, population et conditions sociales, Thème 3, n°12/2003

6 Insee, Les transports et déplacements des habitants des Pays de la Loire, Dossier n°35 - avril 2010, 68 pages

7 Enquête CNRS/ Matisse/Centre d'économie de la Sorbonne - 2005-2006

8 Lionel Prouteau et François-Charles Wolff, Le travail bénévole : un essai de quantification et de valorisation, Insee, Economie et statistique N° 373, 2004

9 Robert Putnam, Booling alone, ed. Simon & Schuster, New York 2000

10 Ce terme n’est cité que deux fois sur l’ensemble des débats.

11 Un indicateur de santé sociale pour les régions françaises, Conseil régional Nord-Pas-de-Calais, note D2DPE n° 20 janvier 2009

12 Indices : repère composé de plusieurs indicateurs chiffrés

13 Présentation faite au séminaire des élus régionaux du 20 septembre 2010

14 L'enjeu restant bien celui visé initialement, c'est-à-dire que la région des Pays de la Loire, mais aussi tous les acteurs ligériens se dotent de nouveaux repères pour agir, pour construire ensemble le territoire, en lien avec les autres

15 Cette troisième partie a été rédigée par l’Observatoire de la décision publique

16" L'auto-partage" qui relève de cette dimension porte donc un nom en décalage avec la réalité

17 Si la Région intègre déjà cette dimension dans ses orientations, les acteurs du social semblent le savoir peu.

18 Chapitre 2, analyse des débats

19 En tout cas dans les régions très urbaines. Cette question du rapport au temps n'est pas La préoccupation du rapport au temps n'est pas partagée par tous les pays industrialisés (ex. Québec où la question du stress a été très largement anticipée)

20 Entreprises, collectivités ou associations

21 Ce qui peut conduire à dissocier lieu de travail et lieu de l’emploi (au sens rattachement administratif)

22 Chapitre 2, analyse des débats

23 Entreprises publiques et privées, associations, …

24 Si l'aspect "addiction" est généralement associé aux TIC, leur part dans la mise sous pression des individus et des groupes est encore peu souvent abordé

25 Nourriture, rapport à la nuit et au jour, apprendre à passer d'une vision consumériste à une approche sociétale de la météo, …

26 Ex. développement de l'activité "navale" à la Possonnière (49)

27 D'où question sur le foncier, sur la préservation des sols y compris dits "privés"

28 Si des entreprises lucratives interviennent dans la gestion de ces biens, la NON LUCRATIVITE ne doit-elle pas être intégrer aux règles du jeu (tous les bénéfices doivent alors être reversés à la collectivité – au sens communauté)?

29 Les débats en région ayant généralement été réalisés dans des groupes de proximité (professionnelle, amicale, géographique, …)

30 Cf. transmettre l'optimisme, susciter l'engagement, … qui supposent que l'on ne s'arrête pas à des indicateurs significatifs du mal-être