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2ème partie -analyse

 

Les réponses par questions

 

Ce qui compte le plus

Avant de parcourir l’ensemble des questions, regardons les réponses à cette question1 : Ce qui compte le plus.

Parmi les richesses les plus fréquentes et les plus partagées, l’Humanité respect fraternité associée au Lien social et, un peu plus loin, à la Solidarité et au partage, montre l’importance de ce thème global du lien social et de la fraternité. On retrouve cette prédominance très souvent dans les réponses aux questions.

De manière classique on trouve aussi dans les richesses les plus partagées, le Travail et l’emploi, l’Environnement, la Famille. Nous détaillerons ceci plus loin.

Le bonheur, le bien-être sont étroitement associés au rythme de vie, lui-même associé à l’organisation sociale (santé, logement, alimentation, transport).

Notons ici que l’éducation, associée à la liberté et aux valeurs, est également souvent citée en même temps que la santé2, les participants qui s’expriment sur le thème santé s’expriment aussi assez souvent sur le thème de l’éducation.

Enfin le développement économique est le dénominateur commun de thèmes associés comme l’identité et le patrimoine, l’industrie, l’innovation. On y trouve là des signes du lien entre territoire et activité économique – dont le lien entre l’industrie et le développement économique3 – et de manière moins importante entre développement économique et innovation (ce qui n’est pas sans poser question comme on le verra ultérieurement).

La représentation ci-après est issue d’un traitement statistique4 de l’ensemble des débats. Les richesses les plus fréquentes et les plus partagées entre les groupes sont situées dans le bas (le tronc) de l’arbre, puis au fur et à mesure que l’on suit les branches, les richesses sont moins fréquentes et moins partagés. Les bifurcations de branches indiquent que certains groupes se sont plus exprimés sur un ensemble de richesses, tandis que d’autres se sont plus exprimés sur d’autres richesses. La proximité des richesses signifie qu’elles sont statistiquement de fréquences proches et exprimées par des groupes qui parlent globalement des mêmes thèmes, mais cette proximité ne signifie pas pour autant corrélation (on parle de corrélation quand une même richesse est citée de façon fréquente dans un même verbatim, c’est-à-dire une même phrase ou ensemble de phrases).

 

Ce que nous voulons transmettre

Dans ce que nous voulons transmettre l’Humanité, respect et fraternité arrive en premier rang, et de la façon la plus partagée. Les valeurs, l’environnement, le travail sont également, comme pour beaucoup des autres questions, très partagées.

Ensuite une base de citoyenneté solidarité, confiance en l’avenir… donne naissance à trois sous groupes :

  • l’un commence par l’école et se poursuit par la santé, la paix, le développement économique,

  • un deuxième privilégie le rythme de vie, associé au revenu, au logement, aux loisirs,

  • le troisième commence de manière plus générale (l’amour), continue sur la communication et aboutit aux liens intergénérationnels,

L’autre grand groupe met l’accent plus directement sur les valeurs de diversité et tolérance, la culture, l’identité…

Ces quatre orientations pourraient être résumées de façon un peu arbitraire par la paix, la qualité de vie, l’amitié, la tolérance. Mais chacun pourrait retenir d’autres richesses au sein de ces quatre « chemins ». Ceci peut apparaître a priori très consensuel, mais prend tout son sens quand l’on compare ce qui compte le plus et ce que nous avons gagné.

 

Ce que nous avons gagné

Les Pays de la Loire apparaissent comme un territoire qui favorise les transports, la culture, l’environnement et l’emploi. Plus généralement sont reconnus les progrès de la société en matière de santé, de diversité, d’éducation et de communication.

Le constat que les transports aient été fortement développés correspond à une réalité tangible pour beaucoup de participants aux débats, en particulier les zones urbaines, mais c’est moins ressenti pour les habitants par exemple du sud de la région. Ceci traduit le déséquilibre géographique des contributions, c’est aux territoires de s’approprier la démarche, de s’y associer désormais ?

L’apparition de la culture et des arts en seconde position des richesses gagnées confirme également l’importance de ce thème.

Les réponses à cette question apparaissent assez différentes de celles à la question Ce qui compte le plus : il n’y a que trois richesses en commun, dont l’une est au même niveau (l’environnement, mais on a vu que l’on ne parle pas nécessairement des mêmes choses), l’éducation est située de façon assez proche, mais le travail arrive en 1er pour ce qui compte le plus et en 8e pour ce que nous avons gagné.

Les 3 richesses qui arrivent en premier dans ce que nous avons gagné ne sont pas dans ce qui compte le plus : transport, culture, communication. On peut soit considérer que puisque qu’elles sont gagnées on ne les cite plus comme ce qui compte le plus, soit considérer que ce que nous avons gagné ne correspond pas à ce qui compte le plus. Alors que l’humanité, la famille, le lien social, la liberté, le rythme de vie, sont cités comme ce qui compte le plus, mais pas parmi les 10 premières richesses ayant été gagnées.

L’écart entre ce que nous avons gagné et ce qui compte le plus peut interroger sur les priorités des politiques publiques.

 

Les dix premières richesses

 

   

Ce que nous avons gagné

Ce qui compte le plus

Transport mobilité

Travail emploi

Culture arts

Humanité

Communication échanges

Enfants famille

Environnement

Environnement

Santé

Lien social

Diversité

Bien être

Education

Liberté

Travail emploi

Rythme de vie

Loisirs sports

Education

Technologie

Valeurs, sens, morale

 

« Des moyens de transport et de déplacement plus rapide (autoroute) »
« On a des pistes cyclables, la Loire à vélo »
« On a de plus en plus conscience de l’importance de la richesse de la Loire et de sa préservation. Prise en compte aussi de l’importance de la qualité de l’eau. On regagne petit à petit une Loire propre et protégée grâce à sa remise en valeur. »
 
Les richesses qu’il serait le plus grave de perdre

Le consensus est ici minimal mais significatif : l’environnement et la liberté paraissent incontournables au plus grand nombre, avec une forte prépondérance de l’environnement. C’est, au fondement, notre devenir qui est posé d’un point de vue général (l’environnement) et social (la liberté)5.

Puis eux groupes se distinguent : ceux pour qui le travail et les valeurs sont au cœur de leur réflexion d’une part, ceux pour qui la famille et le lien social sont premiers. Cette distinction est en parie artificielle : la vie associative est présente dans le premier groupe, la diversité, la tolérance présentes dans le second. Mais ce sont des tendances.

« Il serait grave de perdre l’esprit de la loi 1901, la richesse et la créativité des associations. Le lien humain… L’Association loi 1901 - Attention, cependant, le contenu est parfois restreint, il y a parfois trompe l’œil, déviance »

 Dans le premier groupe, une seconde bifurcation met en avant d’un côté l’importance de la citoyenneté de la démocratie, du droit et de la solidarité, de l’autre la qualité de vie, le logement, la production et le salaire.

Dans le second groupe, porté par une importance affirmée de la confiance en l’avenir, la santé, la famille, l’éduction, la culture et les liens intergénérationnels forment un ensemble cohérent de richesses à ne pas perdre.

 

Les richesses perdues

Le consensus est fort que ce que nous avons perdu, pas moins de six richesses forment un tronc compact, largement partagé : environnement, agriculture, travail, lien social, qualité de vie, proximité.

Les trois sous ensemble de ce qui est perdu sont constitués autour de la famille et la vie quotidienne (logement, commerces, santé, services publics), la politique (liberté, diversité, droit, esprit critique) et l’économie (industrie, développement économique, pouvoir d’achat) à laquelle sont associés l’histoire et la culture.

L’apparition des services publics dans les réponses à cette question est à souligner, ils n’apparaissent pratiquement pas dans les autres questions. La réponse est donc ici univoque, ce qui est rare.

Une minorité déplore la perte de valeurs et repères comme l’humanité, la vie associative, le bonheur, la confiance en l’avenir… minorité car ce richesses sont souvent citées par ailleurs come ce qui compte le plus et que l’on veut transmettre, minorité aussi parce que les richesses mise en évidence parmi ce qui est perdu correspond souvent à ce que l’on veut maintenir ou améliorer : la famille, le logement, les loisirs, l’éducation…

 

Les richesses préservées

Le consensus est relativement faible pour cette question, quatre richesses sont les plus partagées mais avec une fréquence assez faible, et ce sont des richesses que l’on retrouve également dans ce qui est perdu, ou à transmettre… : l’environnement, le patrimoine, l’histoire et la vie associative.

Le fait que le patrimoine et l’histoire soient citées comme des richesse préservées fait sans doute appel au temps long, c’est ce que nous avons reçu, et que nous transmettons, on ne peut pas effacer l’histoire6, ni les monuments.

Deux groupes se distinguent : l’un qui considère que le territoire a su préserver à la fois son cadre de vie, ses activités et ses valeurs, l’autre qui met plutôt l’accent sur le lien social et les acquis sociaux, mais sans ancrage spécifique au territoire.

Dans l’orientation territoriale on trouve bien sûr l’agriculture et l’industrie, le logement mais aussi la diversité, la tolérance, les valeurs…

Il y a là un double appel, à préserver le territoire comme lieu producteur de valeurs, et les règles globales d’organisation de la société comme cadre d’expression de ces valeurs (lien social, travail, liberté, démocratie, soins).

« Il reste donc une richesse architecturale, une mémoire « architecturale » aussi … ce qui n’est pas incompatible avec l’esprit d’innovation et de création »
« La préservation et l'entretien de l'habitat. Les maisons sont bien retapées, presque plus de ruines. L'isolation des bâtiments à progressé (double-vitrage, économies d'énergie...). »
« Le sentiment d’appartenance à un espace, une communauté, une filiation, une histoire : un ancrage ».
« Le lien social, le contact humain. Sens du collectif. La force des associations, leur autonomie, la vie associative et les valeurs qui y sont véhiculées. [Le lien avec les jeunes que l’on accompagne]. »

 

Analyse de quelques richesses

Les réponses aux questions abordent globalement cinq grandes dimensions : naturelle, humaine, culturelle, politique et matérielle. Si la dimension humaine apparait fréquemment pour l’ensemble des questions (sauf pour les richesses préservées), on perçoit une assez nette distinction enter la dimension naturelle (gagné / perdu) et la dimension politique (ce qui compte le plus, ce qui serait le plus grave de perdre). Nous allons examiner quelques richesses dans plusieurs de ces dimensions.

 

Du délitement du lien social

Les groupes qui ont parlé de la richesse « Humanité, respect, fraternité » se sont aussi exprimés également sur l’une ou plusieurs des richesses relatives au Lien social, à la Solidarité, au Sens du collectif. Le lien social est cité comme important, peu préservé, souvent perdu.

La richesse Humanité, respect, fraternité est en corrélation avec de nombreuses autres richesses, et d’abord les Valeurs. Parmi les richesses corrélées on peut noter les trois richesses suivantes qui ont entre elles des corrélations assez fortes.

  • Lien social, relation convivialité

  • Solidarité, partage, entraide,

  • Sens du collectif, vie associative, bénévolat.

 

Principales corrélations entre les richesses

Ces quatre richesses sont distinctes car elles correspondent à des échelles de relations différentes, du plus universel (Humanité) au plus concret (Sens du collectif, Bénévolat), mais elles sont aussi très reliées entre elles. Les mots clefs respect et solidarité sont les deux mots les plus liés, ils sont présents ensemble dans 8 % des verbatims, Lien social et Solidarité sont présents ensemble dans 7 % des verbatims, lien social et associatifs dans 5 % des verbatims.

Les trois richesses Lien social, Solidarité, Sens du collectif sont, considérées ensemble7, les plus fréquentes dans les réponses aux questions : Lien social 614, Solidarité 392, Sens du collectif 380. La richesse Environnement apparaît 979 fois, la richesse Travail emploi 733 (à laquelle on pourrait aussi associer la richesse Formation, métier, savoir-faire 203). Ces trois « thématiques » apparaissent donc avec une fréquence de l’ordre du millier d’occurrences dans les verbatims.

Les citations de ces richesses selon les questions montre que ce qui compte le plus, et ce que nous voulons transmettre, c’est d’abord l’ensemble l’Humanité, respect, fraternité. Cette richesse a été en partie perdue, et assez peu préservée.

Ce que nous avons le plus perdu, c’est le lien social, il compte beaucoup, et il est assez peu préservé.

La richesse solidarité, partage, entraide apparaît en 12e position dans ce qui compte le plus, c’est une richesse plus « concrète », engageante, que les deux premières, mais elle apparaît aussi comme quelque chose qui a été perdu (12e position), et préservé (15e position). Cette contradiction montre bien le caractère complexe de notre réalité. Ce que nous avons perdu c’est principalement l’entraide, ce que nous avons préservé c’est la solidarité dans la famille d’une part, organisée de manière institutionnelle d’autre part (interventions et collectes face aux catastrophes, associations de solidarité sociale…). On voit bien là le délitement du tissu social (l’entraide informelle), et le double mouvement de la solidarité familiale d’une part, de l’action associative d’autre part. Mais ces deux « leviers » semblent insuffisants à reconstruire les liens sociaux8.

Verbatims :

Ce que nous avons perdu
Beaucoup plus d'entraide avant : on s'arrangeait entre familles, localement..;solidarité tient plus par les associations maintenant.
Proximité dans les relations, dans le travail, dans les familles, dans la commune. L'entraide gratuite (le bénévolat existait aussi dans le travail).

 Ce que nous avons préservé

La solidarité, entre membres de la famille, entre amis, entre voisins, avec des organismes caritatifs, des ONG.
La solidarité : ex : catastrophe dans le monde, en France, on est toujours là.

 

 

Le rythme de vie et la proximité

La proximité (du travail, des amis…) apparaît centrale aussi bien pour le Bien-être et le rythme de vie que pour la Qualité de vie. Le temps de transport semble pser sur la qualité de vie.

Les richesses de Bien-être, rythme de vie et proximité sont assez souvent associées. Ainsi dans ce qui compte le plus, le bien-être est directement associé au rythme de vie (les deux richesses sont connexes), puis à la santé, au revenu, au logement, à l’alimentation et au transport.

De même les deux richesses Qualité de vie et Proximité sont à la fois corrélées et fréquentes dans les réponses à ce que nous avons perdu.

Par contre elles semblent assez peu préservées9, ce qui est logique avec ce qui précède, et importantes à transmettre10.

A la question sur Les richesses11 qui comptent le plus,la dominante qualité de vie constitue la principale composante après le socle commun avec, dès la deuxième richesse, le rythme de vie, c’est-à-dire le temps, qui arrive avant la santé ou le logement par exemple.Il y a une corrélation entre Rythme de vie et Bien-être : 18 contributions communes.

Le mot-clef temps apparaît 164 fois, le rythme 17 fois, la vitesse (dans un sens critique) 9 fois… le temps est nettement relié à la richesse du bonheur et du bien-être.

 

Le temps du transport

Les mots travail et libre sont les deux mots les plus fréquemment associés au mot temps, ce sont les deux principales polarités du temps. Le transport arrive juste après, puis la famille (et les enfants), et enfin un ensemble de mots autour du lien social : social, relation, lien, humain.

Ce que l’on peut souligner ici, c’est l’importance donnée au temps de transport, avant le temps passé en famille ou avec les « autres ».

Inversement, les mots les plus fréquemment associés au mot transport sont, par ordre décroissant, les [moyens de] communication et le déplacement, deux mots synonymes de transports, puis le temps, suivi de moyens spécifiques (TGV, tram)… Ici encore, et même plus fortement, transport renvoie à temps.

Ainsi bien-être est relié à proximité, et transport à temps. Ces deux rapprochements peuvent être interprétés comme un besoin de rapprochement entre domicile et travail, plus qu’un besoins de moyens de déplacement plus performants ou plus proches.

Verbatims

Ce que nous avons perdu

Qualité de vie : augmentation du temps de transport, perte de temps et d’énergie dans les embouteillages,

Ce qui compte le plus

Pouvoir vivre là où on a envie de vivre (le prix de l’immobilier repousse les populations moins aisées plus loin des lieux de travail et cela induit des déplacements domicile / travail de plus en plus longs)

 

L’environnement : perte de substance, gains d’aménagements

L’environnement est l’unes richesse les plus fréquemment citées, aussi bien pour ce que nous avons perdu, que gagné, Mais si l’on gagne de conscience écologique, c’est que l’on perd de la biodiversité…

Cette richesse revient très régulièrement parmi les richesses les plus fréquemment citées dans les réponses aux 6 questions. La fréquence est plus forte dans les réponses à la question Qu’avons-nous perdu, mettant en évidence la perception d’une perte de la qualité de l’environnement. Si cette richesse apparaît aussi bien dans les réponses à ce que nous avons perdu et ce que nous avons gagné, ce ne sont pas pour autant les mêmes mots qui sont utilisés :

  • nous avons perdu des arbres, de la biodiversité, du littoral, de la qualité de l’air et de l’eau, des énergies fossiles, des terres cultivables…

  • nous avons gagné une plus grande conscience de l’environnement, l’eau courante, des AMAP, des sentiers, le tri des déchets, des énergies renouvelables…

C’est-à-dire que nous avons perdu une réalité naturelle concrète, ce qui nous est donné, et gagné des aménagements et une plus grande conscience, ce que nous avons construit.

 

Mots-clés les plus fréquents :
  • Environnement perdu : eau, nature, environnement, naturel, terre, paysage, biodiversité, pollution, ressource, pollué, sain, air, civelle, littoral, rivière, espèce, fleuve, sol, mer…

  • Environnement gagné : énergie, déchet, eau, tri, écologique, littoral, propre, renouvelable, éolien, nature, paysage, rive…

 

Nombre d’occurrences de la richesse environnement

 Question

Environnement

Ce qui compte le plus

140

Ce que nous avons perdu

261

Ce que nous avons préservé

145

Ce que nous voulons transmettre

188

Ce que nous avons gagné

107

Ce qui serait le plus grave de perdre

136

 

Verbatims

Ce que nous avons perdu

La diversité de la faune : on voit moins d’oiseaux (hirondelles, moineaux domestiques, abeilles, civelles….), les nouvelles espèces (colonisation par les Ibis, les frelons asiatiques,...)

 Ce qui serait le plus grave de perdre

Un environnement de bonne qualité: eau, terre, air, biodiversité

 Ce que nous avons gagné

Une meilleure gestion des déchets : tri sélectif
Une prise de conscience environnementale : tri des déchets, respect de la nature.
Le confort avec l’eau et l’électricité à domicile

 

Santé : une approche des soins et de l’environnement

La santé apparaît très régulièrement dans les réponses aux questions, en 5e position dans les richesses gagnées (94 verbatims), 11e position pour ce qui compte le plus (95), 6e position pour ce qu’il serait le plus grave de perdre (70).

La santé, qui apparaît dans les enquêtes classiques comme le 2e thème de préoccupation des Français, arrive donc ici en 16e position en termes de fréquence de richesses, et ne fait pas partie des 7 richesses les plus partagées. Ceci peut s’expliquer par les modalités différentes de l’enquête type Sofres, réalisée sur une série de questions fermées qu’il faut classer, et la démarche des nouveaux indicateurs où les personnes s’expriment librement et en groupe.

En revanche, le mot « santé » arrive en 10e position au sein du lexique d’indexation des mots clefs, après travail, valeur, solidarité, environnement, enfant, liberté, culture, lien (social) et sens. A noter également que le lexique de la richesse « santé » comporte 48 mots, ce qui en fait le 9e lexique le plus long, mais en moyenne ses mots sont peu fréquents (dès le 9e mot le plus fréquent, on tombe à moins de 10 verbatims). On peut dire qu’il s’agit d’un thème « spécialisé », ie. peu de gens en parlent mais quand ils en parlent ils ont des choses à dire sur le sujet.

Les mots les plus fréquents quand on parle de santé, sont, après santé et soins, ceux de médecins/médecine (44), médical/médicament (30) et malade/maladie (20). C’est donc bien des soins qu’il s’agit.

Le mot clef le plus fréquemment cité en même temps que santé est le mot éducation, renforcé par le mot formation. Les personnes attentives à la santé le sont aussi à l’éducation.Dans la majeure partie des cas, c’est pour parler d’accès à la santé et à l’éducation, perçus comme des services publics de base. La notion de service public est d’ailleurs également très souvent citée, ainsi que celle de transport, de travail.

Enfin, on notera un ensemble de mots relatifs à l’environnement au sens large du terme : environnement, qualité, alimentation, logement : la santé n’est pas perçue que de manière individuelle mais aussi collective (alimentation) et systémique (l’environnement au sens large).

Il y a là des questions sur la politique de santé, que l’on cite sans pour autant les opposer : mise à disposition de centres de soins individuels, intervention de type systémique ?

 

Verbatims

Ce que nous avons perdu

Dégradation du système de santé, alimentation, logement

Ce qui serait le plus grave de perdre

La qualité de l’environnement, qui conditionne la qualité de la vie, et la santé.

Ce qui compte le plus

Equilibre humain ; satisfaire les besoins fondamentaux : se nourrir et échanges de qualité, sauvegarder santé environnement, privilégier circuits locaux

 

L’agriculture : nous gardons la gastronomie

L’agriculture est souvent citée, et plus souvent comme ce que nous avons perdu (200 occurrences) que comme ce que nous avons préservé (67 occurrences, mais en 5e position).

Dans les réponses, la représentation générale de l’agriculture est commune à ce qui est perdu et préservé : agriculture, exploitation, bocage, campagne, rural, village, mais ce que nous avons perdu ce sont les moyens de production : agriculteur, paysan, ferme, surface, haie, et nous avons préservé l’agriculture bio, la vigne, le patrimoine (gastronomique, architectural, paysager).

On perd l’environnement de l’agriculture, on gagne des pratiques spécialisées et une mémoire vivante (la gastronomie par exemple). Est-ce suffisant ?

 

La qualité de l’alimentation

La qualité de l’alimentation est citée à la fois du point de vue du consommateur (mots clefs manger, cuisine, boire) mais aussi du producteur (mots clefs nourrir, citations du sol, des paysans…). Ce rapprochement est caractéristique, comme la présence de la ruralité et l’agriculture l’était dans le premier ensemble des richesses les plus partagées.

La qualité de l’alimentation est très corrélée avec le patrimoine (gastronomie, traditions culinaires, etc.). C’est d’ailleurs le patrimoine qui fait le lien entre identité et alimentation d’un côté, industrie, économie et formation de l’autre. Les circuits courts sont aussi cités, dans la richesse « commerces, consommation ».

Verbatims

Ce que nous avons perdu

On perd l’habitude d’acheter des produits locaux, de cuisiner des recettes de « grand-mère » (civelles, brochet au beurre blanc, plats familiaux…).

 Ce qui compte le plus

La santé comme socle, qui nous permet d’évoluer dans la société et de profiter de la vie. Donc pouvoir se nourrir correctement pour avoir une bonne santé.

 Ce que nous avons préservé

Manger local

 

Les liens intergénérationnels

Si l’on considère l’ensemble des réponses aux questions, le lien intergénérationnel apparaît de manière relativement importante (249 occurrences).

Il est fortement corrélé aux richesses Travail, Lien social, Famille et Diversité.

Il est situé entre le sens du collectif, la citoyenneté, la confiance en l’avenir et la démocratie en amont, la protection sociale en aval, mais avec des corrélations plus faibles12 (inférieures ou égales à 10%).

C'est-à-dire que le lien intergénérationnel est clairement placé dans une organisation sociale comprenant en premier lieu le travail et la famille, et valorisant la citoyenneté l’engagement et la démocratie, la protection sociale n’étant citée qu’ensuite comme moyen de mise en œuvre, mais pas comme préalable.

Ce lien est cité comme une richesse gagnée (32) dans une filiation assez proche, et dans les richesses à transmettre en relation toujours avec la citoyenneté, la confiance en l’avenir et on y ajoute la solidarité et le bien-être.

Verbatims

Ce que nous avons perdu

Moins de contact intergénérationnel, exemple des maisons de retraite. On « place » des personnes âgées au lieu de s'en occuper. Ou exemple de la canicule : personnes âgées décédées seules chez elles. La solitude se développe.

 Ce qui serait le plus grave de perdre

La foi en l'avenir et aux jeunes générations

 Ce qui compte le plus

Transmettre un regard positif sur les générations qui suivent.

 

Une conception large de l’innovation

Dans les réponses à la question sur ce qui compte le plus, l’innovation apparaît étroitement liée au développement économique. Mais si l’on prend un angle de vue plus global, sur l’ensemble des questions, les participants ont une expression beaucoup plus élargie de l’innovation : si les technologies ont leur place (en 3e), l’Environnement et Humanité, respect, fraternité sont les plus corrélés à Innovation.

 

D’autres thématiques

La richesse globale des réponses mériterait certes de plus longues analyses. Par exemple :

Le travail et l’emploi, leur relation avec les métiers et savoir-faire d’une part, le revenu et le temps d’autre part.

L’entreprise n’apparaît pas en tant que telle dans les richesses, ce n’est pas qu’elle en soit exclue, mais que les participants ont cité plus spontanément le travail, les savoirs-faires, que les lieux où ces activités se tiennent.

L’identité et l’histoire qui apparaissent à la fois comme perdues, préservées, ce qui compte le plus, et qu’il faudrait peut-être conjuguer au pluriel : les identités locales, les histoires locales,

Les services publics qui n’apparaissent de façon significative que dans les réponses à la question ce que nous avons perdu (et encore, en 33e position avec 40 verbatims seulement ; ils remontent en 16e position si on les fusionne avec la protection sociale, 34 verbatims).

La culture et les arts font partie des richesses qui ont été citées par les participants.

Cette richesse est relative à des expressions comme le patrimoine culturel, l’histoire locale, les musées, la musique, le théâtre13

La culture ressort fortement, car le mot-clé « culture » est souvent cité dans des verbatim qui font des listes de richesses par listes de mots, sans débat (ex : emploi, santé, culture, protection sociale...), mais aussi parce que c’est un mot transversal, qui crée du lien avec les richesses « patrimoine » (culture du territoire) mais aussi « diversité » (culture des autres territoires) ;

La création culturelle fait partie effectivement des domaines d’action de la Région, et l’usage des biens culturels pourrait être approché, par exemple par l’utilisation du pass culture sport.

 

Les priorités thématiques pour les indicateurs

Lors de la journée du 16 septembre, les participants ont été invités à donner leurs priorités pour choisir les richesses qui feront l’objet de recherche d’indicateurs, parmi les 48 richesses issues des débats de groupes. L’ordre est un peu différent de celui qu’aurait donné la simple application des fréquences d’apparition de chaque richesse dans les 6 questions posées lors des débats. L’éducation apparaît en premier, la liberté, le bonheur sont également assez fortement priorisés.

 

 

______________________________________

1 Les analyses qui suivent restent globales, et pourraient être complétées par une analyse spécifique par richesse.

2 Corrélation entre éducation et santé dans ce qui compte le plus : 12 contributions (sur 95 pour la santé, 112 pour l’éducation), soit environ 10% en commun. La corrélation désigne la fréquence d’apparition des mots dans une même phrase.

3 Six contributions communes (sur 59 au total pour développement économique)

4 Méthode des Arbres de connaissance (TriVium), mise en œuvre pour ce projet par Cognito.

5 On retrouve ici les analyses de David Holmgren, Future scenarios, Chelsea Green Publishing, 2009, USA ou de Dominique Bourg, Vers une démocratie écologique - Le citoyen, le savant et le politique, avec Kerry Whiteside, Seuil, La République des idées, Paris, 2010

6 On peut la réécrire, voir le roman d’Orwell, 1984

7 La fréquence d’apparition dépend en partie du « formatage » des richesses.

8 Voir la désaffiliation, dans Robert Castel, Les métamorphoses de la question sociale, Folio-Gallimard, Paris, 2000

9 Qualité de vie = 11e position dans richesses préservées (46 verbatims)

10 Bien-être = en 3e position dans richesses à transmettre (128 verbatims).

11 On désigne comme richesse un ensemble de mots clefs regroupant des mots soit souvent cités ensemble, soit proches d’un point de vue sémantique.

12 Confiance en l’avenir = 10% ; Protection sociale = 8% ; Sens du collectif = 4% ; Citoyenneté = 4% ; Démocratie = 3%.

13 La région des Pays de la Loire est l’une des premières régions pour le nombre de manifestations culturelles