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Herberie Compagnie P. Cosnet

Samedi 28 mai 2011, à Pouancé (49).

Débat organisé à l'Herberie, par la compagnie de théâtre Patrick Cosnet.

 

Profil des participants:

8 personnes ont participé au débat : 3 membres de la Compagnie de théâtre, et 5 personnes résidant dans les villages environnants, 3 femmes et 5 hommes, d’âges étalés de la trentaine à la soixantaine…Profils professionnels : théâtre(3), 1 professeur, 1 ingénieur, 1 fermier retraité, un cadre de banque retraité, une psychologue scolaire retraitée.

De plus 3 personnes ont assisté au débat : une journaliste, qui a fait un reportage pour le site Territoires(Rezé), et deux animateurs et rapporteurs.

 

  • Quelles sont les richesses que nous avions et que nous n’avons plus aujourd’hui ?

On a moins de temps, le travail en prend beaucoup

On a moins de solidarité, moins d’engagement

Ce manque de temps crée de l’angoisse, ça empêche de penser

Qu’est-ce qu’on fait ensemble ? On a perdu les lieux et les moments où on pouvait prendre soin les uns des autres

On a perdu l’enthousiasme de et le plaisir de l’engagement collectif

On a perdu la relation avec la nature, avec la terre, avec les autres…et tout ça est lié au temps qui manque.

On a perdu le voisinage à la campagne

On ne sait plus ce que c’est que la gratuité de l’échange ; on veut tout sécuriser, par exemple, si on veut aider, on a peur de l’accident : est-ce que l’assurance rembourserait bien ?

On n’est plus acteur de sa vie, on est poussé à consommer, on perd son autonomie, on veut que tout soit préparé et connu à l’avance

On ne voit plus d’enfants dans la campagne, la voiture-qui pollue tout- les a fait disparaître.

La circulation automobile a fait des ravages

On a perdu la gratuité à l’école publique, il y a de plus en plus d’achats et d’activités payants

On manque de groupes organisés pour accueillir les enfants (comme les scouts, gratuits à l’inscription) et proposer des activités. Les colonies de vacances sont trop chères.

On a perdu les réseaux culturels gratuits

On a perdu la notion d’égalité, à l’école publique les fournitures étaient gratuites et tout le monde avait le même outillage (crayon, cahier).

On a perdu les lieux d’échange et de parole, en particulier pour les échanges intergénérationnels. On a abandonné nos anciens, et c’est très grave.

On a perdu notre environnement, on l’a trop dégradé

Il n’y a plus de convivialité, et c’est la question de la gratuité qui se cache derrière cela.

On a perdu les échanges intergénérationnels, absence de lieux de rencontres et de temps.

On a perdu le respect de la terre.

On est dans des valeurs individuelles, il n’y a plus d’engagement collectif, ça ne rapporte pas ! C’est vrai à tous les niveaux, les communes, les syndicats etc …ça se délite

Une question : la technologie a-t-elle contribué à cela ?

On a perdu la passion du métier, l’enchantement du travail

Les valeurs humaines disparaissent…la joie, l’autonomie disparaissent derrière la technologie.

 

  • Quelles sont les richesses que nous avons et que nous n’avions pas hier ?

Nous avons plus de technologie, mais il faut l’utiliser à bon escient

Le tracteur, et les autres outils pour le paysan, ont divisé le travail par 20…ça aurait dû permettre plus de disponibilités…mais non, « je peux en faire plus, j’en veux plus ». La technologie est une richesse détournée de son fondement…Et l’amélioration des rendements, c’est pareil.

On plus d’ouverture au monde grâce à ces nouveaux moyens de communication (internet entre autres)…On a plus de contacts internationaux.

Une nouvelle convivialité apparait : il y a une sorte de transfert de la convivialité du travail vers d’autres activités, et les loisirs par exemple la randonnée

L’accès au savoir s’est développé : internet, bibliothèques…Il y a des tas de possibilités d’apprentissage gratuites…Attention toutefois : on peut être plus consommateur que réellement engagé.

Dans le domaine de la santé, il y a des progrès évidents, on peut mieux se soigner, la chirurgie a fait d’immenses progrès…Attention à na pas faire de la santé un domaine pour faire de l’argent !

Les richesses nouvelles enrichissent ceux qui les maîtrisent et savent en profiter ou même les détourner pour faire de l’argent.

Quand on est loin les uns des autres (famille dispersée par exemple), les communications modernes sont précieuses, elles sont plus rapides…parfois cependant, elles peuvent empêcher les sentiments, les richesses humaines de s’exprimer (tendresse, délicatesse etc.)

Les voyages nous apportent beaucoup, en particulier aux jeunes.

D’une certaine façon, le fossé ville/campagne s’est atténué, grâce à tous ces moyens de communication… mais le citadin ignore encore beaucoup la réalité de l’agriculture et de la campagne(d’où viennent les boites de lait et les carottes dans les grands magasins ?)

 

  • Quelles sont les richesses que nous avons préservées ?

Les relations familiales, parentales, grand parentales, sont préservées, malgré l’éclatement des familles et même augmentent. Le rapprochement géographique enfants-parents devient souhaité pour mieux s’entraider.

Le lien à ses racines, en tout cas au moins le besoin de ce lien, a été préservé

On retrouve les connaissances anciennes grâce à l’écologie, par exemple en agriculture, ou dans des savoirs faire (tricot etc.) : cela prouve qu’on n’a donc pas tout perdu, qu’on garde la mémoire,  qu’on a  une possibilité de retour.

Attention : il est souvent difficile de dire ce qu’on a préservé, car on peut préserver une chose au détriment d’une autre. Par exemple, on a préservé notre forêt (en France),  mais on a accéléré la destruction de la forêt dans d’autres pays en exportant nos pollutions (ex de la fabrication du papier)..

A propos de la conservation du patrimoine, un débat contradictoire s’engage : oui, c’est une richesse, mais cela crée aussi des contraintes ( exemple archéologie qui limite l’urbanisme.

Un débat a lieu aussi sur la protection de la valeur éducative, en particulier au sens de la transmission parents-enfants…Oui, on parle plus qu’avant, plus librement dans les familles, et les anciens « secrets de famille »ont disparu…mais en même temps, la hiérarchisation familiale a disparu et il y a des conflits non résolus.

 

  • Qu’est-ce qui compte le plus ?

Préserver notre identité de territoire, avec notre passé culturel, notre histoire. Faire vivre cela ici et pas à la ville voisine…Obtenir les moyens financiers nécessaires aux activités que nous menons pour cela

Privilégier l’éducation, seul rempart à la barbarie quelle qu’elle soit. La privilégier à tous les niveaux : familial, populaire, enseignement, éducation du vivre ensemble, éducation aux règles du vivre ensemble…Comment favoriser cette éducation ?

C’est aussi une éducation à l’estime de soi.

Concrètement, cela veut dire ne pas supprimer des écoles, des classes, c’est destructeur de l’identité. « Il faut surmonter les problèmes d’argent »

Garder les services publics et de proximité, les mairies, les services de santé etc.

Préserver l’environnement. Le regroupement en grosses exploitations a été une erreur. On a trop bétonné : la comparaison du coût des ronds points routiers avec celle du maintien des écoles est proposée. Evitez les concentrations, même pour faire des économies.

Conserver des « moments inutiles », par exemple le théâtre dans lequel on est réunis ce soir

Garder l’humain, la capacité de s’exprimer

Garder les dynamiques locales. Etre fort chez soi pour pouvoir aller ailleurs…c’est vrai en particulier en termes de structures de tourisme.

Garder des échanges basés non pas sur la concurrence mais sur la complémentarité.

 

  • Qu’est-ce qu’il serait le plus grave de perdre ?

Les services publics : tous les services publics sont cités, la santé, la gestion des déchets, l’eau….et en particulier les services publics de (ou à) proximité, comme l’école, l’eau. Les problèmes des services à la campagne sont particulièrement sensibles à Pouancé.

L’eau, qualité et quantité, revient plusieurs fois dans le débat

La solidarité, la conscience du vivre ensemble, qui ne peut se gérer que par l’existence de lieux où l’on se rencontre.

Le tissu rural

 

  • Quelles richesses voulons-nous transmettre aux générations    émergentes et futures ?

Nb : si sur cette question le temps a été court pour le débat, en compensation les choix ont été nets et portés collectivement

Une nature en bonne santé

Des territoires vivants

La prise en compte de l’autre

L’équilibre des valeurs…ne plus tout décider par rapport à l’argent

Le respect de l’autre, des valeurs des autres, le respect de la diversité humaine ; des opinions, des cultures, des religions…La tolérance

La richesse collective.