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CAP 44 - Association des Paludiers et des Agriculteurs

Mercredi 27 avril 2011, à Herbignac (44),

Débat organisé par l'association des paludiers et des agriculteurs CAP des Estuaires- CAP44.


Profil des participants:

19 personnes, de 23 à 65 ans. Des paludiers; agriculteurs, un environnementaliste, un élu et un citoyen.

 

Au niveau du syndicat des paludiers et de la filière, une réflexion a été menée. Cette filière a été en grande difficulté, mais les paludiers se sont mobilisés, collectivement. Aujourd’hui, la situation, notamment économique, est saine pour les paludiers. Cependant, en plus de la professionnalisation des paludiers, le syndicat est porteur d’autres valeurs ; notamment des valeurs environnementales, sociales…

Par ailleurs, un diagnostic de la filière sel a été fait, auquel le syndicat n’a pas participé. Ce diagnostic a mis en évidence un certain nombre d'enjeux de territoire (SCoT, opération Grand Site, PLU...) avec un impact important sur la filière sel. Le syndicat paludier souhaiterait être intégré à ces travaux.

C’est dans ce contexte que le syndicat et CAP 44 ont voulu associer les acteurs, notamment agricoles, du territoire, pour réfléchir à ce qui compte le plus sur le territoire, ce qu’ils veulent faire de ce territoire. L’idée a donc été retenue de participer au débat porté par le Conseil Régional des Pays de la Loire sur la définition de nouveaux indicateurs de richesse. Ces débats sont organisés par qui le souhaite, mais doivent tous répondre aux mêmes 6 questions autour de la richesse.

 

Avant de se lancer dans la réponse aux questions, 2 difficultés ont été soulevées :

. Quelle est l’échelle de temps considérée ?

En général, dans les débats, l’échelle de temps utilisée est assez « récente ». Par rapport à il y a 20 ans ou 50 ans, quelles richesses ont disparu… ?

. Quelle est l’échelle géographique utilisée ?

Plusieurs échelles sont apparues :

. L’échelle du territoire du marais

. L’échelle du département Loire Atlantique

. L’échelle de la région Pays de la Loire.

Globalement, les échelles sur lesquelles les débats ont le plus eu lieu sont les échelles départementales et locales (communes, territoire du marais, communauté de communes).

 

  • Quelles sont les richesses que nous avions et que nous n’avons plus en Pays de la Loire ?

 

Perte d’une richesse en termes de diversité et de mixité sociale

A cette première question, le premier point soulevé a été celui de la diversité et de la mixité des populations en 2 sens :

Perte de la diversité des classes d’âge : aujourd’hui, sur les zones très côtières notamment, les jeunes ont disparu, les personnes du 3ème âge (retraités) ont investi ces territoires.

Perte de la mixité sociale : les zones côtières sont devenues inaccessibles à des ménages aux revenus moyens : seuls les ménages aisés (et notamment les retraités) peuvent se permettre d’avoir un logement sur la côte.

La biodiversité fait partie d’une richesse que l’on a perdue sur certains territoires.

Sur certains territoires, on constate une perte de biodiversité (diminution des stocks de poisson dans la Loire, due à l’exploitation, à la surpêche, à la sur-fréquentation…). Dans certains territoires, la perte du bocage et des haies participe à la perte de la biodiversité.

Les différents types de richesse

Le débat a également tourné autour de projets qui avaient pour but de créer de la richesse mais avec seulement une vision de la richesse : la valeur ajoutée en terme économique. Le

Port de Pornichet par exemple a seulement créé de la richesse économique (PIB) sans

favoriser aucune autre richesse (social, paysage, environnemental…).

La problématique de la préservation des terres agricoles face à l’artificialisation

Il a souvent été évoqué la perte de terres agricoles au profit, notamment, de l’urbanisation.

L’urbanisation pour la spéculation immobilière, l’urbanisation pour les bateaux (ports à sec…), pour les avions (aéroport de Notre Dame des Landes).

Or cette artificialisation a une conséquence négative, non seulement sur l’activité agricole (perte des terres agricoles et souvent des meilleures terres agricoles) mais aussi sur la densification sur le littoral (plus de touristes et de résidences secondaires…)

Perte des activités primaires

La perte des terres agricoles entraîne une diminution de l’activité agricole et surtout du nombre de paysans. Cette diminution du nombre de paysans a notamment entraîné dans les campagnes une perte des réseaux sociaux, des réseaux d’entraide, qui sont considérés comme une véritable richesse pour le territoire (« aujourd’hui les voisins, il faut des jumelles pour les voir »).

L’activité pêche sur le territoire a également beaucoup diminué.

Perte d’espaces et de paysages

Tout est mité. La côte n’est plus sauvage (remblai de la Baule).

Perte des services de proximité

A un moment où il faudrait remettre des transports en commun, on s’aperçoit qu’il n’y a plus de voix ferrées.

Perte des abattoirs de proximité

Attention : plusieurs types de territoires qui n’ont pas connu les mêmes dynamiques et qui n’ont donc pas perdu les mêmes richesses :

3 cas :

. Les territoires côtiers : perte de la diversité et de la mixité sociale, perte de la côte sauvage, beaucoup de résidences secondaires. Perte de dynamisme local en continu sur toute l’année.

. Les territoires ruraux : perte de population. Perte de dynamisme local, perte de classes dans les écoles, voir d’école entière, perte des clubs de sport… concentration des exploitations…. Un autre aspect est évoqué : perte du libre accès à la côte pour tout le monde (tout est bâti : plus de paysages côtiers sauvages, le bâti coûte cher : une partie de la population ne peut plus accéder à la côte, spéculation immobilière : perte de structures types centres de vacances au profit de l’immobilier). Perte des bars, des lieux d’échange…

. Les territoires périurbains : beaucoup de constructions, notamment en lotissement. Appauvrissement des paysages ; construction sur les terres agricoles les plus fertiles. Perte de terres agricoles et donc de l’agriculture

 

  • Quelles sont les richesses que nous avons et que nous n’avions pas auparavant en Pays de la Loire ?

 

Une richesse pour l’agriculture : une demande des citoyens pour des produits de proximité et de qualité.

La clientèle de touristes et des résidents secondaires (qui font souvent partis des classes moyennes aisées) permet de générer une activité pour les paysans travaillant en vente directe. Cette réflexion a été contredite par le fait qu’elle se posait uniquement en terme économique pour l’agriculture et même, non pas pour l’agriculture de façon collective mais pour un individu. De plus, on ne peut pas dire que la vente directe est une richesse qui n’existait pas auparavant puisqu’avant tout le monde faisait de la vente directe (avant la 2ème guerre mondiale).

La dynamique du marais : apport de richesses qui avaient disparu

Préservation des sites qui étaient menacés, entretien de sites fragiles, nouvelles installations, en particulier installations de personnes externes (ce qui est rare en agriculture : l’ouverture du monde agricole et paludier : une richesse que l’on a et que l’on n’avait pas avant : les paludiers viennent de tous horizons).

La dynamique impulsée a même permis de reconquérir des territoires qui étaient abandonnés (50% du marais était utilisé, aujourd’hui c’est 70% du marais qui est utilisé). La moyenne d’âge a diminué (. dynamisme). Les paludiers ont également travaillé à leur professionnalisation. Les sites sont ainsi mieux gérés (car les gens qui en vivent ne vivent que de cette activité).

Par ailleurs, même si cela dépend des espèces, on constate globalement une amélioration de la biodiversité sur le territoire entretenu par l’activité des paludiers. Il est cependant important de garder une mosaïque de territoires différents et donc des espaces en friches pour avoir le plus de biodiversité.


Une vie associative et culturelle riche

Attention : ça dépend des territoires, mais le grand ouest a toujours été moins conservateur grâce à un brassage et à une diversité des populations.

 

  • Quelles richesses avons-nous préservé ?

 

La lagune salée : paysage unique que nous avons su préserver et qu’il faut continuer à préserver.

Au niveau du département : on a gardé les zones humides (par choix ou bien car pas le choix d’y faire autre chose ?), le système tout herbe (pour herbivore) a aussi été gardé (peu de production hors sol…)

Le plaisir du débat et de l’action collective : une certaine identité. Attention ici : cette identité n’est pas portée au niveau régional mais au niveau départemental (Loire Atlantique : se sent plus une identité commune avec la Bretagne qu’avec le reste des Pays de la Loire).

 

  • Qu’est-ce qui compte le plus pour demain ?

 

L’autonomie alimentaire

La qualité de vie. Il faut définir ce qu’est la qualité de vie : tout le monde n’a pas la même vision. Ici, la qualité de vie a été définie : volonté de tranquillité, dans un milieu agréable.

Peur que le marais ne devienne un parc de loisirs et que les paludiers ne soient plus considérés comme des acteurs du territoire mais comme des éléments du paysage, bénéfiques pour le tourisme.

Ne pas considérer le développement durable comme un développement économique pour longtemps : bien respecter tous les piliers !

Préservation des espaces sensibles et des espaces agricoles

L’équilibre social

Préserver les activités primaires et mieux gérer et limiter les activités secondaires et tertiaires (notamment le tourisme, le logement)

L’éducation

Cesser la politique de l’habitat dévoreuse d’espace (avec la construction des lotissements) : il faudrait un moratoire sur la construction des résidences secondaires, plus de sensibilisation sur l’intérêt de garder les espaces agricoles et naturels. Il faut une réelle réflexion sur l’habitat, notamment sur l’habitat vertical. Même si tout le monde ne veut pas vivre dans des « tours » il faut penser d’une nouvelle façon l’habitat collectif, pour qu’il devienne agréable à vivre, tout en préservant l’espace agricole et en permettant de récréer du lien social.

 

  • Qu’est-ce qui serait le plus grave de perdre demain ?

« Notre liberté » : peur de la dérive sécuritaire (caméras…)

Des services publics humanisés (éducation, transports publics…)

Le lien social, les bars, les lieux d’échanges et de rencontres

Une majorité de gauche !

 

  • Quelles richesses voulons-nous transmettre aux générations futures ?

Une alimentation de qualité, de proximité (liée au territoire) et accessible à tous

La considération de l’autre, le lien social

Conserver une dynamique paysanne

Ecocitoyenneté (être attentif au territoire dans lequel on vit et ce qu’on veut en faire).

Une mémoire, or cela est compromis avec la mémoire numérisée périssable.

Des valeurs de collectif et d’humanisme

 

 

Certains de ces éléments sont plus « chiffrables » que d’autres si l’on souhaite créer de nouveaux indicateurs de richesse : il est par exemple possible de chiffrer le nombre de paysan qui font de la vente directe…